Je cherche une maison d’édition …

Je cherche une maison d’édition pour mon roman Pour l’Amour d’un Poète … Une Histoire Russe. L’histoire se déroule au cours des anneés 30 en Union Soviétique et traite des persécutions infligées par Staline aux écrivains et poètes russes. Le manuscrit anglais, For the Love of a Poet – 131.000 mots – a été très […]

Je cherche une maison d’édition pour mon roman Pour l’Amour d’un Poète … Une Histoire Russe.

L’histoire se déroule au cours des anneés 30 en Union Soviétique et traite des persécutions infligées par Staline aux écrivains et poètes russes.

Le manuscrit anglais, For the Love of a Poet – 131.000 mots – a été très fidèlement traduit par Madame Hélène Crozier souls le titre Pour l’Amour d’un Poète … Une Histoire Russe.

For the Love of a Poet a été publié à Londres par Dave Lyons de Raven Crest Books Ltd.

Je suis Anglais et vis à Paris. Je suis auteur des œuvres suivantes:

Die in Paris (Histoire du Dr . Petiot)

Bella … a French Life (un roman que se déroule en France)

For the Love of a Poet

Je vous remercie à l’avance pour l’intêret que vous voudrez bien porter à mon roman, et espère qu’il retiendra favorablement votre attention pour une publication parallèle.

Dans l’attente de votre rêponse, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’expression de mes meilleurs sentiments.

Veuillez trouver ci-dessous une photographie de la couverture de For the Love of a Poet et aussi le Prologue et la Première Partie Chapitre 1 et 2 du livre.

Marilyn Z.Tomlins, Paris. mztomlins@gmail.com

My novel - For the Love of a Poet

My novel – For the Love of a Poet

Prologue
Avril 2000 : Moscou (Gérard Lombard, biographe)

Chaque mercredi, elle se rendait à Moscou. C’est là que je l’ai trouvée. Elle  arpentait la Place Rouge. Elle venait à Moscou pour parler à des étrangers, épiant ceux qu’elle entendait parler en anglais ou en français. Elle parlait les deux.
Il lui était plus facile de parler à des étrangers qu’à des gens qu’elle connaissait : ses voisins, la femme de la boulangerie, son médecin ou le vieil homme qui passait chaque matin devant sa datcha. (Note 1) Un jour il lui avait dit qu’il sortait promener son chien, mais elle n’avait jamais vu de chien.
Les étrangers étaient toujours attentifs à ce qu’elle leur disait.
D’après elle, ils l’écoutaient parce qu’ils avaient pitié. Ils croyaient sans doute qu’elle mendiait. Même lorsqu’il faisait très chaud, elle portait un vieil imperméable gris et des bottes bordées de fourrure. L’une des bottes n’avait plus qu’un demi-talon.
̶   Mais il est possible que les étrangers m’écoutent parce qu’ils aiment entendre prononcer le nom de Zernoïe Selo, m’a-t-elle dit.
Zernoïe Selo : le village du blé.
C’était là qu’elle avait vécu, à cent cinquante kilomètres de Moscou. Sur la carte soviétique officielle, un petit point noir indiquait ce village qui tenait son nom du kolkhoze (Note 2) situé à sa périphérie et spécialisé dans la culture du blé. J’avais ce genre de carte dans ma chambre lorsque j’étais un jeune gars aux sympathies communistes. Mon père – riche agent de change – écœuré par la naïveté de son fils unique, me traitait alors de  pauvre imbécile.
Elle me parla du village.
̶  Nous, les poètes,  étions obligés de vivre dans ce village. C’était la volonté du Vozdh. (Note 3)  Comme cela,  sa Guépéou (Note 4) pouvait nous avoir à l’œil. Toutes les bêtes sauvages enfermées dans la même cage. Mais ce salopard  – pardonnez-moi d’employer ce gros mot, Monsieur – voulait nous persuader que s’il avait choisi Zernoïe Selo c’était parce qu’il n’avait que notre bonheur à l’esprit. Camarades, vous aurez tous les jours du pain frais, sans parler des gâteaux à la crème que vous mangerez et vous aurez aussi une grande route et un train pour vous rendre à Moscou en moins de deux et encore moins que ça, nous avait-il dit. Et vous devez me croire, Monsieur, certains d’entre nous ont trouvé le moyen de pleurer quand ce salaud est mort !
Elle-même n’était pas poétesse, mais elle allait devenir l’une des habitantes de ce village où on appelait poètes tous ceux qui vivaient de leur plume – les journalistes; dramaturges; traducteurs; interprètes; imprimeurs ou véritables poètes, bien sûr.
Elle-même était correctrice pour la Pravda (Note 5) avant d’aller vivre à Zernoïe Selo.
-0-
Mon éditeur m’avait dit que je la trouverais sur la Place Rouge les mercredis de chaque mois.
̶  Même sous une tempête de neige, m’avait-il précisé.
Il m’avait parlé aussi de son imperméable et de ses bottes bordées de fourrure. Je n’aurais aucune difficulté à la repérer dans la foule bigarrée des vendeurs de glaces, des revendeurs de billets de théâtre au marché noir, des vendeurs de cartes-postales et des mendiants qui traînaient sur la Place.
̶  Êtes-vous Tatiana Nikolaïevna Brodovskaïa, lui demandai-je.
Elle me répondit aussitôt.
̶   Mes amis m’appelaient Tania; mon père, Tanochka. Il était français. Pour ma mère, j’ai toujours été Tania, jamais Tanochka. Pour le poète aussi, j’étais Tania. Les petits noms d’amour, ce n’était pas son genre. C’est bien ainsi que vous dites à l’Ouest : les petits noms d’amour, non ?
Je l’ai invitée à boire un verre.
̶   Ce serait vraiment merveilleux, mais jeune homme, votre russe n’est pas bon. En fait, il est même abominable. Je vous suggère de cesser pendant quelque temps de faire de l’argent et d’apprendre correctement ma langue.
Elle avait dit cela par sympathie.
Comme elle souriait, je pus constater qu’elle avait des dents magnifiques. De petits galets blancs qui me firent penser à des grains de blé pas encore mûrs.
Je l’emmenai au bar de mon hôtel. Le serveur bondit comme une sauterelle pour se placer derrière elle : il ne voulait pas qu’elle le voie agiter la tête en la désignant.
̶  Les mendiants ne sont pas admis ici, Monsieur, semblait-il vouloir dire.
̶  Madame et moi voudrions boire du champagne. Moët et Chandon. Une bouteille, je vous prie. Apportez-nous aussi quelque chose à manger, lui dis-je.
J’observai la vieille femme porter la flûte à ses lèvres. Ses mains calleuses tremblotaient. Du champagne dégoulina sur son menton et disparut dans un repli de peau fripée, entre ses seins tombants.
̶  Je présume que vous saviez que je venais tous les mercredis, parce que sans cela, vous ne m’auriez jamais reconnue, telle que je suis,  dit-elle.
̶ Une jolie femme reste une jolie femme, lui dis-je bien que les années, ennemies de la femme, lui aient dérobé cette beauté qu’on lui avait connue.
Nous bûmes à la santé de Lili : ce fut moi qui proposai que nous portions un toast à Lili.
̶  Ah ! Vous connaissez donc l’histoire de Lili ?  m’a-t-elle dit.
Je hochai la tête.
̶  Seulement par ce que les autres m’en ont dit. C’est pourquoi j’aimerais que ce soit vous  qui me la racontiez. Que vous me racontiez votre relation avec le poète.
Je crus voir des larmes dans ses yeux.
̶  Le poète ! Boris Petrovitch Beretzkoï !  Le poète … Mon poète, dit-elle.
Plus tard, elle écrivait à mon éditeur : Il a pris mes pauvres mains ridées entre les siennes et nous avons trinqué en l’honneur de Lili, à tout ce qui avait disparu et ne reviendra jamais. Comme vos compatriotes français sont galants ! De vrais gentlemen. Dire qu’on prétend que ce sont les Anglais les plus galants !
̶  Je suis en train d’écrire un livre sur Boris Petrovitch Beretzkoï, lui dis-je.
Elle posa sa flûte et me regarda droit dans les yeux.
̶  Je n’attendais que ça, Monsieur.
Elle resta silencieuse un moment.
̶ Alors ? lui demandai-je, anxieusement.
̶ Rassurez-vous, Monsieur, je vous parlerai de lui. Je vous parlerai de lui, me dit-elle.
Elle était toute souriante.
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Première Partie

1
Le Français a prévu de rester deux mois. Il est là chez moi.  Je l’observe par la fenêtre de ma cuisine. Il est assis, jambes croisées, sur le banc de mon jardin.
Nous sommes en été, il porte un short vert et une chemise jaune à manches courtes. Décidément les étrangers s’habillent bizarrement ! Comme il veut m’emmener plus tard au restaurant, j’espère qu’il mettra un pantalon convenable et son élégante cravate jaune : il aime les cravates jaunes.
Un cahier est posé en équilibre sur ses genoux nus et velus.
̶  Tania, est-ce qu’on peut commencer ? me crie-t-il.
̶   Pourquoi pas !
̶  J’attends, répond-il en prenant un crayon bien taillé.
C’est avec joie que je m’apprête à remonter le cours de mes souvenirs.
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2
Nous sommes en Février 1931. Un mercredi au milieu de la matinée.
Je suis assise à mon bureau dans la salle de rédaction de la Pravda.
Voilà fait trois mois que mon mari est parti.  Il neige comme le jour où les Tchékistes (Note 6) sont venus arrêter mon pauvre cher Vassili.
Notre salle de rédaction se trouve au second étage. C’est une pièce circulaire avec une seule  fenêtre. Mon bureau fait face à la fenêtre. Certains collègues disent que je suis privilégiée d’occuper ce bureau, mais je les prie de cesser de dire des bêtises. La fenêtre surplombe la cour dans laquelle on stocke les poubelles. Il n’y a vraiment rien de beau à voir.
Ce matin-là, tous les services s’affairent au bouclage de l’édition du lendemain. Je dois corriger un reportage sur la collectivisation.
Pour être exacte, sur les nuiseurs de la collectivisation. (Note 7)
Depuis notre loi numéro 58 instaurée le 25 février 1927 pour arrêter les personnes soupçonnées d’activités contre l’état, le mot nuiseur est très en vogue.  Quiconque en désaccord avec Staline est qualifié de nuiseur : Léon Trotski et tous les Trotskistes, ainsi que nos Koulaks. (Note 8) Certains traitaient Vassili de nuiseur et moi de même, forcément. Ici en Union soviétique, nous sommes tenus pour responsables des faits et dires de nos conjoints.
Le reportage que je dois corriger contient quatre-vingt-dix pages. C’est un reportage commandité par le Parti. (Note 9) C’est ce que j’en ai déduit lorsque j’ai vu notre camarade surveillant traverser la rédaction en courant. Son nom est Youri Fiodorovitch Makarov et il occupe un bureau pas plus large qu’un box donnant sur la salle de rédaction. Il n’est jamais plus empressé que lorsque le Parti lui transmet un article.
Le camarade Youri  a une jambe de bois. Il a perdu sa jambe gauche au cours de notre guerre civile. Sa famille et ses amis disent aujourd’hui de lui qu’il a été gratifié d’une jambe de bois : d’une jambe de bois et d’une médaille qu’il porte toujours épinglée au revers de son veston. Où qu’il aille à Moscou, les gens le questionnent sur sa jambe de bois et lorsqu’ils apprennent qu’une balle de fusil tirée par un Blanc (Note 10) l’a privé de sa jambe gauche, ils le qualifient de grand héros soviétique.
La fin de l’histoire – je l’ai assez souvent entendue – c’est que malgré sa souffrance, malgré sa jambe gauche pendant de sa hanche comme celle d’un pantin brisé, il avait rechargé son fusil, tiré sur ce salaud de Blanc, juste entre les deux yeux, ses yeux répugnants d’adorateur d’un tsar.
Lorsqu’il fait bon et qu’il n’est pas obligé de porter un veston, il épingle sa médaille sur le col de sa chemise, mais il n’est pas question pour lui de s’en séparer.
Je sais aussi  parce qu’il me l’a souvent dit, que de large bandes élastiques enroulées autour de sa taille servent à maintenir sa jambe de bois en place.
La médaille pèse dix grammes. La jambe de bois, dix kilogrammes.
̶   C’est un foutu poids à trimballer, mais il fallait le faire. Faire cette foutue guerre contre les foutus Blancs de ce foutu Nicolas II, se plaisait-il à dire.
Il ne demande  jamais qu’on l’excuse pour ce langage.
Maintenant, le voilà debout près de mon bureau.
Il s’appuie sur sa bonne jambe.
Le pied de sa jambe de bois est tourné en dehors comme celle d’un danseur du Bolchoï prêt à exécuter une grande pirouette à la seconde.
̶   Le camarade Iaroslavski veut que l’article soit à la une de demain, dit-il.
Emilian Mikhaïlovitch Iaroslavski : notre rédacteur en chef.
Le titre doit être : Gloire à la collectivisation – Gloire au prolétariat – Gloire à notre chef.
Le camarade Victor Deni, notre caricaturiste, travaille sur une série de dessins destinés à accompagner l’article. Youri a vu l’un des dessins. Il représente un énorme tracteur écrasant une douzaine de Koulaks. Au volant du tracteur – Staline. Comme légende, le camarade Deni envisage d’écrire : En sécurité tant qu’il dirigera la Russie.
Il : Joseph Vissarionovitch Djougachvili – Staline.
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Une horloge sonne les douze coups de midi. Il y a des horloges partout dans le bâtiment. Chez nous, on ne doit pas perdre de temps : la Révolution mondiale ne doit pas subir de retard !
Je me tourne et jette un œil dans la cour. Un chat noir aux pattes blanches est assis sur l’une des poubelles. Il arrondit le dos et tente d’attraper un flocon de neige avec l’une de ses pattes blanches.
La porte du bureau de Youri s’ouvre à nouveau. Je redoute qu’il vienne avec un autre article commandité par le Parti, mais il ne se presse pas. Sa démarche est légèrement chaloupée. Ce qui signifie qu’il vient annoncer quelque chose de peu important.
Je me replonge dans le reportage.
La vieille Russie était, comme nous le savons tous, un pays essentiellement agraire … Soixante-quinze pour cent de la population était engagée dans l’agriculture … L’agriculture…
Youri s’arrête près du bureau du camarade Konstantin Alexandrovitch Kasygin. Il est aussi correcteur. Je ne l’aime pas. Tout comme Youri, il porte une médaille épinglée au revers de son veston. C’est la médaille du Meilleur Étudiant de l’Institut des Journalistes Rouges de l’année 1928.
Ce n’est pas à cause de cette médaille que je le déteste.
Je le déteste parce qu’il a mis le grappin sur le bureau de Vassili sans attendre que son sang ait séché sur le parquet de la salle de rédaction.
Oui, le jour où les Tchékistes sont venus pour mon mari, le sang a coulé.
Youri dit à Konstantin quelque chose qui les fait rire. Ils ont trente-cinq ans tous les deux, tout va bien pour eux puisqu’ils sont du côté des ennemis du tsar, comme ils disent.
Je n’écoute pas vraiment mais ce que j’entends, c’est que quelqu’un s’apprête à venir voir le camarade Iaroslavski.
̶   … à quinze heures …
̶  Tu sais pourquoi ? demande Konstantin.
Je retourne à mon article.
L’exploitation agricole collective à grande échelle est plus rentable … Le regroupement de petits foyers de paysans pour former des exploitations agricoles collectives est un processus incontournable …
̶  Oui, le camarade Beretzkoï va écrire pour nous un article sur Lev Tolstoï. Il va venir en parler avec le camarade Iaroslavski, répond Youri.
Beretzkoï … !
Je lâche l’article et me tourne vers Youri.
̶  Beretzkoï ?  Tu as bien dit Beretzkoï ?
̶   C’est ça, réplique-t-il.
Il s’appuie sur le bureau de Konstantin, ce bureau, qui pour moi est toujours celui de Vassili.
̶  Tu sais, le poète, répond Konstantin.
Il se retourne pour me dévisager de ses minuscules yeux bleus.
Je plante mon regard dans ces yeux-là.
̶  Tu n’as pas besoin de me préciser qui est Beretzkoï !
Konstantin se tourne vers Youri.
̶  Toujours aussi hautaine, hein ?
Youri fait un signe de tête affirmatif.
Il retourne à son bureau en marchant encore plus lentement. Certains jours, sa jambe de bois lui pèse davantage. Ces jours-là, il nous dit qu’il a du mal à lever la jambe, qu’il n’est même plus question de marcher. Alors il s’arrête un moment et dans un frémissement qui le submerge comme une vague au-dessus d’un poisson, il avance traînant sa jambe de bois derrière lui.
Je l’observe.
Il claque la porte de son bureau.
Il faut que je continue à rédiger mon article.
Je saisis mon crayon et  me mets à lire le paragraphe suivant.
Le gouvernement soviétique apportera un très grand soutien financier … En 1925 le pays … Collectivisation sera  favorisée par le développement rapide de notre industrie …  Sans un ….
La mine de mon crayon s’apprête à écrire  le mot suivant – doute – mais mon esprit s’est échappé de la collectivisation. Je repense à ce que Youri est venu nous dire.
Le poète Beretzkoï – Boris Petrovitch Beretzkoï – va venir à la Pravda.
Pendant des années j’ai été obsédée par cet homme. Quand mes parents disent que j’ai le béguin pour lui, je leur réponds que ce n’est pas le béguin, c’est de la vénération. De la vénération, non seulement pour l’homme, mais aussi pour son talent : sa poésie.
Si on me demande quel serait mon vœu le plus cher, je peux répondre sans hésitation : rencontrer le poète Beretzkoï.
Comme, le bureau du camarade Iaroslavski est situé de l’autre côté du vestibule derrière notre salle de rédaction, ses visiteurs sont bien obligés de traverser notre salle et nous les voyons toujours passer. Souvent, après l’avoir rencontré, ils s’arrêtent pour nous parler. Ils aimeraient savoir ce qu’il y aura dans le prochain numéro de la Pravda. Je pourrai donc voir Beretzkoï et peut-être – oui, peut-être – on me le présentera. Mon vœu sera alors exaucé.
Depuis que les Tchékistes ont emmené Vassili, c’est la première fois que je souris.
-0-
Je pense à Vassili tous les jours.
Nous nous sommes mariés onze mois après mon entrée à la Pravda.
Lui aussi était correcteur à la Pravda.
Ce mariage, c’était mon idée.
Les Tchékistes l’avaient mis sur leur liste. (Note 11) J’avais cru que moi, fille d’un homme qui a accompagné Lénine en exil, je pouvais, non je pourrais, le sauver.
Lorsque j’ai dit à mes parents qu’il faudrait que je l’épouse – c’est moi qui l’ai demandé en mariage  –  mon père m’a alors priée de m’asseoir pour que nous en discutions. Il voulait me parler de Voltaire, de ce que Voltaire avait écrit. À mon avis, ce n’était vraiment pas le moment de parler de littérature française ni de philosophie, mais il m’a demandé de me taire un moment, pour une fois.
̶  Tanochka, ma chérie, Voltaire a écrit pour vivre heureux, vivons cachés.
Autrefois, ce n’était pas sa façon de vivre, mais ça l’était devenu. Aujourd’hui, il voudrait que j’en fasse autant.
Mon père, Nicolas Jean Tissier, jeune Communiste français, avait abandonné son foyer confortable à Paris pour rejoindre Lénine alors en exil à Londres. C’est ainsi qu’en Avril 1917, il était auprès de Vladimir Ilitch – c’est toujours ainsi que mes parents appellent Lénine – lorsque le train scellé avait fait son entrée dans la Gare de Finlande à Saint-Pétersbourg.
En Russie  – qui allait devenir l’Union soviétique –  il a pris le nom de Nicolas – Nikolaïevitch Tisinski –  puis il est tombé amoureux de ma mère, la jeune fille qui lui apprenait  le russe : Tatiana Alexandrovna Bubnovskaïa. C’était la fille de deux révolutionnaires bolcheviques exécutés par Nicolas II. Alors ensemble, ils se sont engagés pour la cause,  la transformation de notre pays en paradis socialiste. C’est ce qu’a fait mon père, au Kremlin, aux côtés de Lénine. Il a été nommé émissaire à Komintern (Note 12) pour le secteur français, tandis que ma mère s’occupait des bezprizorni (Note 13) avec Kroupskaïa, l’épouse de Lénine. (Note 14) Mais, aujourd’hui Lénine est mort et Staline a pris le pouvoir après avoir mis fin au triumvirat instauré après la mort de Lénine. Mes parents, qui n’avaient jamais aimé, ni cru en l’homme  d’acier (Note 15) ont pensé,  en se rappelant les mots de Voltaire, qu’il était plus prudent de vivre cachés. Mon père a donné sa démission au Kremlin pour prendre un poste d’assistant interprète-traducteur au Département d’Études du Français du Commissariat à l’Éducation. Ma mère a pris sa retraite.
Épouser un homme figurant sur la liste des Tchékistes ne pouvait qu’attirer l’attention   sur moi.
̶ Tu es notre seul enfant, nous ne voulons pas te perdre, m’a dit mon père.
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J’entends des pas dans l’escalier. Des pas et des bruits de voix. Je reconnais l’une d’elle. Celle de Nina Mikhaïlovna Ivanova, notre réceptionniste. C’est elle qui est chargée d’accompagner les visiteurs du camarade Iaroslavski. C’est une septuagénaire. Comme Youri, elle a accompli son devoir pour la patrie pendant la guerre civile, comme lui elle en a été récompensée. Pour récompense, elle n’a reçu ni médaille, ni jambe de bois, heureusement pour elle, mais un poste de réceptionniste à la Pravda : il lui appartient jusqu’à son dernier souffle.
Elle nous dit que le poids des ans se fait sentir tous les jours  davantage, mais qu’elle est toujours apte à ce travail. S’il vous arrive de laisser tomber un crayon à terre, elle le ramasse, le taille puis vous le rend. Lorsque Youri lui demande d’accrocher un avis sur le tableau d’affichage, elle en fait aussitôt des copies et les placarde dans tout le bâtiment. Elle ne marche jamais normalement, mais d’une allure extrêmement rapide. Même lorsqu’il s’agit de conduire à l’étage l’un des invités du camarade Iaroslavski, aussi illustre soit-il, quels que soient l’âge et l’état de santé du camarade.
Aujourd’hui je suis prête à l’aider à tailler tous les crayons de Moscou ou l’aider à faire les copies de toutes les notes de service que Youri a rédigées en sa qualité de responsable, mais aujourd’hui il ne faut surtout pas qu’elle oblige le poète à traverser notre salle de rédaction à toute allure. Aujourd’hui je veux qu’elle l’accompagne lentement.  Je veux prendre le temps de le regarder, de m’en mettre plein les yeux et plein le cœur.
J’entends maintenant des pas et des voix derrière la porte de notre salle de rédaction ouvrant sur la cage d’escalier. Je laisse tomber mon crayon. La porte s’ouvre tout grand. Nina porte sa robe vert bouteille, son uniforme comme elle dit, mais nous savons tous que c’est la seule qu’elle possède. D’ailleurs, qui possède une garde-robe bien remplie ? Derrière elle, le poète. Je le reconnais grâce aux photos que j’ai de lui. Je vois des mèches grises dans ses cheveux noirs. Une boucle pend sur son front. Ses yeux sont foncés, presque noirs. Ses sourcils sont épais et grisonnants comme sa chevelure. Il est vêtu d’un costume en velours côtelé marron. Ma mère dira que ce costume a connu de meilleurs jours : il y a des pièces aux coudes et le velours s’effiloche aux coutures.
Konstantin s’éclaircit la voix. Je me tourne pour le regarder. Il lève les yeux au ciel pour me dire de me remettre au travail. Je fais de même dans sa direction. Il secoue la tête, me marmonne quelque chose. J’ai bien envie de secouer la tête moi aussi, mais je le laisse gagner pour cette fois.
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Je suis encore intacte. C’est ainsi dit ma mère en parlant de ma virginité, sachant que Vassili Sergueïevitch Brodov et moi n’avons jamais été amants. Nous étions des collègues, des amis – les meilleurs amis – mais au cours des quelques nuits que nous avons passées ensemble après avoir fait enregistrer notre union au ZAGS, (Note 16) avant que les Tchékistes ne viennent l’arrêter, il dormait sur un matelas posé au sol dans une chambre d’un appartement communautaire où je vis toujours. Moi, je dormais sur son lit. Peut-être aurait-on couché ensemble si  les Tchékistes n’étaient pas venus. Qui sait ? C’était un homme séduisant, aux boucles couleur sable, aux yeux verts, exactement ce que recherchent les jeunes filles comme amoureux.
Vassili et moi étions sur la piste de danse d’une taverne lorsqu’il m’a annoncé que les Tchékistes l’avaient inscrit sur leur liste.
Trois hommes ont commencé à me suivre.
C’est ce qu’il m’a dit.
Je lui ai répondu que c’était sans doute son imagination. Mais ce n’était pas le cas : je les ai vus. Lorsque nous avons quitté la taverne, ils étaient postés dehors, sur le trottoir. On pouvait facilement les reconnaître à l’accoutrement typique des Tchékistes : casquette de cuir noir, veston, pantalon d’équitation et bottes hautes serrées. Nous sommes montés dans un tramway, ils nous ont emboîté le pas, se sont assis derrière nous tandis que les passagers, saisis de peur, gardaient le silence. Lorsque je suis descendue à l’arrêt le plus proche du domicile de mes parents, ils sont restés dans le tramway avec Vassili.
Le lendemain, debout près de son bureau, je lui ai demandé de m’épouser.
̶  Mon père était avec Lénine à Londres,  mon père était avec Lénine dans le train scellé, mon père était avec Lénine au Smolny, (Note 17) son nom signifie quelque chose. Si tu es son gendre, Staline ne pourra pas te toucher, dis-je.
̶   Tania, ma chère petite Tania, je ne veux pas t’entraîner là-dedans, me dit-il.
Je lui ai renouvelé ma proposition.
̶    Au cas où tu changerais d’avis.
Il n’a pas changé d’avis. Quarante-huit heures plus tard en raison de circonstances indépendantes de sa volonté il fut forcé de changer d’avis. Le Comité de Logement de Moscou l’avait convoqué pour parler de son problème de logement.
̶   Mais tu n’as pas de problème de logement, lui ai-je dit.
̶  Non, mais il ne fait aucun doute maintenant que j’ai un problème avec les Tchékistes, m’a-t-il répondu.
Deux jours plus tard, nous sommes allés au ZAGS pour signer les formulaires nous faisant mari et femme jusqu’à ce que la mort nous sépare.
Autant que je sache, la mort nous a déjà séparés.
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Personne ne s’éternise dans le bureau du camarade Iaroslavski. Il n’hésite pas à dire à ses invités quelque chose du genre : bien que j’adorerais vous écouter, il me faut mettre un terme à notre petit entretien.  Parfois, il donne un rapide coup de menton en direction du mur de droite et attend que le camarade visiteur regarde lui aussi dans cette direction pour lui dire le camarade Staline a demandé à me voir.  Sur le mur sont suspendus les portraits de Marx, Engels, Lénine et Staline. Celui de Staline, entre Engels et Lénine, est de loin le plus grand de tous. C’est aussi le seul en couleurs. Je l’ai vu.  Staline a la peau rose; les cheveux et la moustache de Staline sont marron biscuit; l’uniforme de Staline est marron rosé et les yeux de Staline sont fuchsia.
Vassili m’a raconté le jour où le portrait était sorti des presses de l’imprimerie, passé du noir et blanc à la couleur. Beaucoup de gens étaient venus le voir. Le camarade Iaroslavski était  même sorti de son bureau, en veston mais sans cravate – pas question de cravate, c’est pour les bourgeois –  afin d’escorter le portrait jusqu’à sa place sur le mur. Plus tard  notre camarade imprimeur chef fut nommé Meilleur Ouvrier de l’Année. On lui promit que Staline allait lui adresser un télégramme de félicitations ce qui l’avait fait danser de joie, les mains posées sur sa poitrine, exécutant des battements en l’air avec les jambes. Le télégramme n’arriva jamais.
Comme je voudrais que le camarade Iaroslavski fasse encore usage de sa fameuse excuse-du-rendez-vous-avec-le camarade-Staline afin que le poète ne reste pas longtemps avec lui !
Espérer, c’est perdre son temps, disait ma mère.
-0-
La première à revenir dans notre salle de rédaction, c’est Nina. Dans sa robe verte, elle ressemble à une pomme, une pomme avec deux taches rouge vif sur les pommettes où le soleil s’est posé : elle est toute rougissante.
À quelques pas derrière elle, le poète.
Nina lui parle par-dessus l’épaule en pointant le doigt vers le bureau qu’ils viennent de quitter. Il fait oui de la tête. Elle désigne le bureau de Youri. Il hoche de nouveau la tête.  La porte du bureau de Youri s’ouvre, Youri apparaît dans l’embrasure et les prie d’entrer. Contrairement au camarade Iaroslavski, notre camarade surveillant est bavard. Il a un tas d’histoires de la guerre civile à raconter et ses invités ont tendance à rester longtemps. Certains sont même obligés de faire mine de se diriger vers la porte alors qu’il est toujours en train de leur parler. Il raconte comment, alors qu’il ne lui restait plus qu’un souffle – qui s’avéra ne pas être tout à fait le dernier – il réussit à soulever son fusil, à viser juste au-dessus du groin de ce cochon de tsariste et à voir la vie quitter ses yeux de serpent tsariste.
Pendant ce temps,  je compte les minutes sans quitter des yeux la porte du bureau de Youri.  J’ai fini mon travail sur l’article du Parti, j’ai même déjà commencé à le taper pour nos imprimeurs. Heureusement, je suis une dactylo expérimentée, je n’ai donc pas besoin de fixer le clavier de ma Remington, offerte à la Pravda parmi quelques douzaines de machines à écrire, par un milliardaire
La porte s’ouvre. Nina apparaît.  Derrière  elle, le poète, suivi de Youri. Ce dernier essaie de ne pas traîner sa jambe de bois derrière lui et y parvient. Il pose fermement un pied après l’autre sur le parquet comme quelqu’un qui disposerait de ses deux jambes. Il touche le bras du poète pour lui indiquer la porte et la cage d’escalier. Mais le poète ignore la main posée sur son bras et se dirige vers le premier bureau de notre salle de rédaction.
C’est celui d’Andreï Antonovitch Shalamov.
Le camarade Andreï va bientôt prendre sa retraite. Il est ennuyeux. Son unique sujet de conversation, c’est le miel : il élève des abeilles. Il vit avec sa femme dans un appartement communautaire qu’ils partagent avec deux autres couples et leurs nombreux enfants et petits-enfants. Il a installé les abeilles sur le toit de leur immeuble.
Le poète serre la main d’Andreï qui commence à lui parler.  Je n’arrive pas à entendre ce qu’il lui dit, mais je suppose qu’il doit lui parler de ses histoires d’abeilles et de miel.
Youri  se retourne et se dirige vers son bureau avec sa jambe de bois. Les histoires de miel et d’abeilles d’Andreï, il les connaît toutes. Nous aussi.
Nina reste et écoute ce qu’il lui dit. Elle aime bien Andreï. Il lui apporte toujours des petits pots de miel dans lesquels flottent des abeilles mortes, les ailes étalées comme celles de mouches collées par la glu des papiers tue-mouches.
Le poète a de petits yeux, légèrement en biais. Ma mère dira qu’il doit avoir du sang moyen-oriental dans les veines, provenant de deux ou trois générations avant lui, le genre de sang propre à faire un homme déterminé. Déterminé à obtenir ce qu’il y a de mieux, de plus beau. Je l’entends encore : Retiens ce que je te dis, Tania, c’est le genre d’homme dont je ne te conseille pas de tomber amoureuse.
Le poète serre la main d’Andreï et lui dit au revoir. Sans cesser de taper, je le regarde se diriger vers le bureau d’à côté.  Une fois encore il s’arrête pour parler. S’arrêtera-t-il à chaque bureau ?  S’arrêtera-t-il au mien ?
Il s’arrête près du bureau de Konstantin. Ils se donnent une poignée de mains. Mon bureau est tout à côté.  Je continue de taper, mais cette fois, je suis embarrassée, mes yeux sont fixés sur le clavier.
̶  Tovaritch ? (Note 18)
Le voilà devant mon bureau. Il vient de me parler. Je plonge mon regard dans le sien. Ses yeux ont la couleur du ciel par une nuit d’hiver. Ils sourient. Ses mèches rebelles tombent encore sur son front. Il tente de les rejeter en arrière d’un vif mouvement de la tête. Ce n’est plus un jeune homme : mes yeux admiratifs peuvent s’en rendre compte. J’entends de nouveau la voix de ma mère : Tania, il est trop vieux pour toi, il faut t’attendre à être une jeune veuve. Et mon père de se demander s’ils m’ont élevée pour me voir en vêtements de deuil, pleurant sur un cercueil.
̶   Oui ? Lui dis-je en réponse à son salut.
Mes parents m’ont enseigné, m’ont enfoncé dans le crâne devrais-je dire, de toujours ajouter tovaritch lorsque je m’adresse à une personne plus âgée, mais je l’ai oublié.
Il me tend la main. Sa peau est froide. Froide. Douce. Ce n’est pas la main d’un homme qui travaille la terre ou pose des briques. C’est celle d’un artiste. Ses ongles sont courts, propres, brillants, coupés ras.
̶   Tu es aussi journaliste ?
On ne le dirait pas ?
̶  Correctrice. Je corrige seulement ce que les autres ont écrit, dis-je en bafouillant.
̶   Pourquoi dis-tu seulement ?
̶   On ne devrait pas dire seulement si on corrige seulement ce que les autres ont écrit ?
̶  Ne me dis pas que tu n’as pas conscience que sans des gens comme vous, il y aurait davantage de mensonges dans la vérité ?
La vérité. (Note 19)
Le camarade Iaroslavski n’aurait pas toléré ce jeu de mots.
Heureusement, Nina n’est pas là – elle est restée avec Konstantin – sinon lors de notre prochaine réunion de travailleurs, elle m’aurait très probablement dénoncée pour avoir pris part à une conversation antisoviétique.
̶  Je ne m’en rendais pas compte, non, dis-je, mentant.
Il sourit.
̶  Je pense que si. Je le lis dans tes yeux.
Je souris aussi. Timidement.
̶  Des yeux verts. De beaux yeux verts. De qui les tiens-tu?
̶   De ma mère.
̶  Puis-je ?
Il désigne la feuille de papier qui est sur ma machine. Je sais que j’ai fait quelques fautes de frappe. Des touches de ma ‘Remington’ se coincent. Ne cogne pas si fort sur ce clavier, il ne t’appartient pas me hurle Konstantin presque quotidiennement. Un de ces jours je vais sortir de mes gonds, lui lancer un gros mot mais je le ferai en français, la langue maternelle de mon père : Merde !  S’il comprend le français, je m’en fiche.
Le poète se penche au-dessus de moi et lit ce que j’ai tapé. Je sens son souffle chaud sur mon visage.
̶  Tu es d’accord avec ça ?
Son  haleine a l’odeur métallique du dentifrice soviétique.
̶  Vous ne devriez pas me poser cette question, lui dis-je.
̶  Non, c’est vrai. Toutes mes excuses.
Youri revient dans la salle de rédaction, rejoint Nina au bureau de Konstantin. Il me lance un regard furieux. Il commence à déporter son poids d’une jambe sur l’autre, en s’appuyant un peu plus longtemps sur la bonne jambe. Il souffre et voudrait s’asseoir.
̶ Je crois que vous devriez partir murmuré-je à Beretzkoï.
J’ai commencé à penser à lui en tant que Beretzkoï, non en tant que poète. Il a toujours été le poète.
Youri se racle la gorge. Une seule fois, mais fort.
̶  C’est ce que veut dire ce raclement de gorge ?  me murmure Beretzkoï.
̶  Toujours.
̶  Est-ce que je risque de te causer des ennuis ?
̶  Ça va.
Il jette un coup d’œil circulaire. Notre salle de rédaction n’est pas belle à voir. C’est une pièce marron : le marron des papirossi. (Note 20) Les murs sont marron; le plafond est marron; nos bureaux et nos chaises sont marron; nos carnets sont marron, comme sont marron les milliers de Pravda en retour empilées sur des étagères couvrant presque la moitié d’un mur marron, comme le sont aussi les bouts de ficelles qui lient ces paquets ensemble et l’encre qui a servi à écrire les dates des éditions sur le côté de chaque paquet. Même la feuille de papier qui est sur ma machine est légèrement marron et nous nous servons de rubans de machine à écrire marron mais comme nous sommes rarement approvisionnés en rubans neufs, je me demande comment nos typographes se débrouillent pour lire ce que nous tapons.
Beretzkoï me regarde de nouveau.
̶  Ça te plaît vraiment de travailler dans une salle si triste ?
̶  Mon travail est intéressant.
Il touche la feuille de papier qui est sur ma machine à écrire.
̶  Ça ?
̶  C’est un article du Parti.
̶  Ah ! Demain, il faudra que je me procure la Pravda !
Youri se racle de nouveau la gorge.
̶  Je crois qu’il faut que je parte sinon tu vas avoir des ennuis. Mais c’était agréable de parler avec toi,  dit Beretzkoï en se redressant.
Je ne veux pas qu’il s’en aille.
̶  Si j’avais su que vous viendriez aujourd’hui, j’aurais apporté l’un de vos livres et vous auriez pu m’écrire un autographe, lui dis-je.
̶   Tu possèdes un de mes livres ?  Une jeune chose comme toi ?
Ses yeux rient.
̶  J’aime lire,  dis-je à voix basse, gênée qu’il m’ait appelée une jeune chose.
̶ Je vais te dire. Je vais écrire un autographe sur un de mes livres que je t’enverrai par la poste.
Que lui dire, sinon merci ? Merci –  merci beaucoup, en me parlant, vous avez fait de moi la femme la plus heureuse de la terre.
Il me tend sa main droite.
̶  Da svidaniya, lui dis-je. (Note 21)
̶  Pas encore, dit-il.
Il saisit ma main droite, la retourne à la manière des gitanes quand elles vous prennent les mains dans la rue pour vous prédire votre avenir, mais il n’est pas un diseur de bonne aventure. Il glisse sa main droite sous la mienne,  pose la gauche par-dessus nos deux mains, ainsi il me tient, enfermée, en sécurité, pendant quelques instants.
Je le regarde s’éloigner.
Il ne se retourne pas pour me regarder.
-0-
Je raconte à mes parents que j’ai rencontré Beretzkoï. Je ne dis pas le poète. Je dis Beretzkoï.
̶  J’espère que tu n’as pas fait l’idiote, me dit ma mère.
̶  Il n’est resté à mon bureau qu’un moment, je proteste.
̶  C’est bien suffisant, dit mon père.
̶ Les jeunes filles sont parfois si folles, ajoute ma mère.
-0-

Marilyn Z. Tomlins

One Response to “Je cherche une maison d’édition …”

  1. 1
    Susie Kelly Says:

    Bonne chance, Marilyn. It looks like an excellent translation. I hope you can find a French publisher.

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